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Almamy, l'âge d'homme d'un lettré malien.

Extraits du tome 2.

Extrait 1 : Nuit dans le tombeau du saint
Extrait 2 : Récits d'un chasseur
Extrait 3 : Les manuscrits de Hamdallaye à Pinia
Extrait 4 : Un festin à Tombouctou
Extrait 5 : La sécheresse au Mali
Extrait 6 : Premier voyage en France

 

Extrait 1 : Nuit dans le tombeau du saint

Comment je passai une nuit entière seul dans le tombeau d'un saint visité par d'étranges créatures. Les scènes inouïes auxquelles j'assistai, et dont je réchappai indemne, à la stupéfaction de tous.

A la fin du tome un de mes Mémoires, nous nous sommes quittés alors que j'étudiais auprès de mon maître Alfa Amadou Guidâdo de Tambéni. Pendant les derniers temps de mon séjour, il m'autorisa à partir à la rencontre des grands maîtres et à assister à leurs cours.
Je sortis donc pour la première fois de mon pays natal : je parcourus ainsi les cercles de Douentza, Niafounké, Ké-Macina, Ségou et à la fin de ce périple j'eus l'occasion de m'avancer jusqu'à Dîna. C'est un ancien village du Sahara, tout près de la République de Mauritanie. J'avais entendu parler d'un saint dont la tombe proche de ce village est visitée par tous les Maures du Sahara. Il s'agit de Shaykh Mamadou Larwa. Il a vécu il y a très longtemps, avait une réputation de très grande sainteté et ses pouvoirs étaient tels, dit-on, qu'il est encore aujourd'hui impossible à aucun être humain de passer la nuit dans son tombeau ! C'est pourtant ce que j'ai fait ! Mais Dieu m'a sauvé !
Ce que j'avais entendu à son sujet m'avait impressionné au plus haut point et il me parut inconcevable de repartir sans avoir visité son tombeau. Je quittai donc Dîna à pied, seul. A mon arrivée vers quatre heures et demie - je n'avais pas de montre à l'époque - je trouvai un groupe de Maures qui faisaient la prière de l'après-midi. Je me joignis à eux, puis nous commençâmes à bavarder et je leur fis part de mon intention de me rendre au tombeau du saint.
Ils me dirent :
- Tu arrives trop tard pour aujourd'hui, car on ne peut pas passer la nuit ici. Nous allons te prendre à dos de chameau et tu dormiras avec nous dans notre campement. Demain matin, tu trouveras d'autres visiteurs auxquels tu pourras te joindre.
- Je suis trop fatigué pour vous accompagner ! répondis-je. Je viens juste d'arriver, j'ai quitté Dîna ce matin de bonne heure, je n'ai ni mangé ni bu, je préfère coucher ici.
- Si tu couches ici, tu vas voir quelque chose de terrible ! Personne ne dort ici. Car la nuit, ce lieu est fréquenté par des visiteurs dont on connaît l'existence mais que personne n'a jamais vus ! Celui qui les rencontrerait ne pourra plus raconter à personne ce qu'il a vu. Aussi, plutôt que d'aller à la mort pour rien, mieux vaut te joindre à nous !
- Ah ! Je ne suis pas venu aujourd'hui pour repartir aussitôt ! Je n'ai même pas accompli la visite. Je dois la faire et passer la nuit ici. Et demain, je ferai encore une visite. Ainsi pourrai-je repartir le soir.
- Tu ne peux pas ! Si tu passes la nuit en ce lieu, tu verras quelque chose que tu n'as jamais vu jusqu'ici ! Tu ne pourras pas supporter un tel spectacle : au mieux tu en sortiras fou, au pire tu en mourras !
- Mais qu'est-ce donc ?
- Ce sont des êtres invisibles qui visitent le tombeau pendant la nuit. Je te conseille donc vivement de nous rejoindre, de passer la nuit avec nous et de revenir demain matin.
- Ah ! Je ne suis pas d'accord ! Je suis venu pour visiter le tombeau et je passerai la nuit ici !
De guerre lasse, ils finirent par me dire :
- Bon ! D'accord ! Voici la direction du tombeau ! Le saint est enterré dans un bâtiment auquel on accède par une porte. Mais la pièce est trop étroite pour que plusieurs personnes y entrent ensemble : les visiteurs y vont un par un et font le tour du tombeau.
Après ces explications, ils ajoutèrent :
- Seulement, il ne faut à aucun prix que tu couches ici ! Si tu couches ici, eh bien, in shâ Allâh, tu vas le regretter ! Nous aurons tout fait pour te convaincre de ne pas rester ici. Car nous savons de quoi il retourne, ce qui n'est pas ton cas.
- D'accord ! Que Dieu nous protège tous !
Et ils partirent.
L'un d'entre eux, qui était resté en arrière, revint avec son chameau pour me ramener de force, afin d'empêcher que je meure !
- Mais enfin qu'y a t-il ? lui demandai-je. Il faut me dire ce qu'il y a vraiment !
- Des hommes invisibles visitent la tombe du saint la nuit. Il ne faut pas que tu les rencontres sinon tu vas mourir !
- Ah, mon cher ! Ce n'est pas toi qui m'as créé ! Les hommes qu'on ne voit pas, il ne faut pas en tenir compte. Celui qui m'a créé c'est Dieu ! Le destin qu'Il m'a accordé et la vie qu'Il m'a réservée, personne ne peut les raccourcir, sauf Dieu Lui-même ! Donc, laisse-moi !
Il retourna auprès de ses amis. Après la prière d'alansara (1), que j'avais faite avec eux, je continuai de faire mon dhikr (2), d'égrener mon chapelet jusqu'à la fin.
On m'avait dit : "dès le coucher du soleil, tout l'espace se remplira d'hommes invisibles dont tu n'entendras que les mâchoires."
Je leur avais dit : "bon !" et je m'étais précipité pour faire ma visite avant le crépuscule.
Voici donc le récit de cette fameuse nuit :
"Avant de commencer ma visite, je récite tous les versets et les prières que je veux faire, à titre de sacrifice (3), en l'honneur du saint enterré dans ce tombeau. Dans ma prière, je demande à Dieu de me protéger, et j'accomplis la visite. Je fais plusieurs tours du tombeau.
"Lorsque je sors du bâtiment, le soleil s'est déjà couché. Je reprends alors mes affaires de voyage, déposées tout à l'heure à l'abri sur un arbre avant d'entrer dans le mausolée. Je me prépare pour la nuit. Je mets mes lunettes noires. Je prends mon turban et je me l'enroule très soigneusement autour de la tête et des yeux, au point de ne plus voir même la paume de ma main. Je prends ma couverture et je me la roule sur la tête également.
"Je retourne dans la pièce où se trouve la tombe et je ferme la porte, qui grince comme quand je l'ai ouverte. Je m'assieds à l'entrée du bâtiment, devant la tombe, et j'égrène mon chapelet en récitant la salât an-nabî (4). Puis tout à coup le crépuscule arrive et je fais la prière du crépuscule. Je reste dans la même position une fois ma prière terminée et immédiatement j'entends un choc devant la porte ! On dirait qu'on a lancé un grand rocher de vingt tonnes. Je me recroqueville devant le tombeau, à l'endroit où je suis assis. J'entends la porte s'ouvrir, mais je ne veux pas voir ça, certain que ce spectacle serait de nature à me tuer ou à me rendre fou ! J'entends quelque chose descendre, ouvrir la porte et faire le tour de la tombe ! Je me mets à trembler sous le poids des pas de celui que j'entends, comme le fait quelqu'un assis sur une pirogue lorsqu'on marche sur celle-ci. Je me dis en moi-même : la puissance est à Dieu, c'est Lui le seul protecteur !
"La chose passe, elle roule sur le tombeau, elle repart de l'autre côté, et je me retrouve sur son trajet. C'est donc là ces êtres invisibles qui devaient descendre après la tombée de la nuit. Quelqu'un en entrant vient par derrière moi et me pose la main sur la tête, pour voir ce que je suis. Il me tâte assez longuement : suis-je une pierre, suis-je un homme ? Quoi donc ? Il ne comprend pas ce que c'est, et je suis bien sûr qu'il n'a pas l'habitude de trouver d'être humain sur son chemin. Quand il me tâte pour voir ce que je suis, on dirait qu'il me pose cent kilos de terre sur la tête ! Je n'ai jamais rien vu d'aussi lourd ! C'est presque à en mourir ! Mais je ne dis rien et je ne bouge pas. Il se demande ce que je peux bien être et il me piétine, il passe sur moi, il continue à rouler. Quand il revient, il s'arrête à nouveau pour faire les mêmes choses et la troisième fois, il ne me touche plus, il se contente de m'enjamber pour passer. Il fait trois fois : Hmmf ! Inna-lillâhi !
"Moins d'une seconde plus tard, la porte se rouvre. Un autre être entre et la referme. Il tourne et tourne autour du tombeau. Quand il arrive là où je me trouve, il s'arrête. Il essaie de me regarder, ne sachant pas de quoi il s'agit. Il pose la main sur ma tête pour me toucher et savoir ce que c'est, exactement comme a fait son prédécesseur.
"Et au moment où il pose la main sur ma tête, j'ai l'impression qu'on me frappe. Je me retiens difficilement de crier, tellement c'est lourd, tellement j'ai chaud ! Il passe, il roule encore, et il revient faire la même chose, intrigué par ma présence. Et il réitère ce manège trois fois puis il sort.
"Et pendant toute la nuit, des visiteurs viennent sans cesse. Ils entrent en ouvrant la porte avec un grand bruit et je les sens tâter mon corps à plusieurs reprises. Au lever du jour, les visites s'interrompent. Je comprends en voyant filtrer la lumière de l'aube que le matin approche. Je fais ma prière, je demande à Dieu de me pardonner, de pardonner à ce saint et à tous mes parents qui sont morts, à tous mes parents musulmans et à tous mes amis.
"Maintenant la lumière du soleil passe sous la porte, qui ne s'est plus ouverte depuis une quinzaine de minutes. Je comprends que je peux aller au dehors et je me dis : Bon ! Maintenant je vais sortir prier ! Mais quand je veux me mettre debout, c'est impossible. Mes genoux sont trop faibles pour me soutenir et se dérobent sous moi, comme si je n'avais plus de sang dans les jambes. Je fais tout pour me mettre debout, mais je ne peux pas. Je fais tout pour lever le cou et redresser la tête, mais cela m'est impossible. Je suis obligé de ramper comme un enfant pour arriver à la porte, ouvrir et sortir.
"Je ne peux pas faire ma prière debout, tellement mon cou est devenu dur, dur, dur. Je dois rester assis pour prier tant bien que mal. Puis je me sens incapable de rien faire et je m'étends par terre. Je reste là, du matin jusqu'à l'après-midi. Et c'est alors seulement que mes genoux acceptent de fonctionner un peu. Je peux bouger légèrement le cou, tourner la tête à droite et à gauche, la lever ou la baisser et je me sens beaucoup mieux. Je déroule mon turban, enlève mes couvertures et mes lunettes et les dépose par terre. Mon Dieu, mes yeux sont enflés et mes cils, qui étaient pourtant auparavant assez longs, ont disparu avec la chaleur et ce qui s'est passé. Je reste donc sur place toute la journée, jusque vers une heure et demie de l'après-midi.
Un seul visiteur vient, avec sa femme. Ils sont à dos de chameau. Nous nous saluons :
- Bonjour ! Tu es arrivé aujourd'hui ? me demande t-il.
- Non ! Je suis ici depuis hier soir !
- Hier soir ?
- Oui ! Hier soir !
- Mais où as-tu couché ?
- J'ai passé la nuit dans le tombeau de shaykh Mamadou Lagoua.
- Dans le tombeau de shaykh Mamadou Lagoua ? Ce n'est pas vrai ! Je suppose que tu es allé un peu plus loin passer la nuit et que tu es revenu ici le matin ?
Je réponds, préférant ne rien dire de mon aventure :
- Oui ! Oui ! C'est ça, c'est comme ça que j'ai fait !
Car je me souviens de ce qu'on m'a dit : ces êtres invisibles ne descendent dans le tombeau que lorsque tous les visiteurs se sont éloignés, et si jamais quelqu'un passe la nuit dans le tombeau et les aperçoit, il ne doit jamais en parler.
- Si tu avais passé la nuit dans l'édifice où se trouve le tombeau, me dit la femme, on ne pourrait pas te parler maintenant, car tu serais déjà mort !
- C'est vrai. Je n'ai pas passé la nuit loin du tombeau. C'est ensuite que je suis venu faire la visite et je suis resté ici pour me reposer.
- Ah, bon ! C'est ça ! reprend le mari. Maintenant tu dis la vérité. Car aucun être humain ne peut rendre visite la nuit à ce tombeau. Les gens viennent comme nous dans la journée, puis repartent à Dîna après la fin de leur visite. C'est ce que nous ferons : je suis déjà passé ici à plusieurs reprises, mais ma femme n'était jamais venue et nous avons fait le crochet pour qu'elle puisse visiter le tombeau et y prier.
Et où vas-tu maintenant ?
- J'ai l'intention de me rendre à Dilly, pour voir le tombeau de Muhammadu Abdullahi Su'aadu, le poète (5).
(Je ne savais pas à l'époque que j'étais appelé à travailler sur ses poèmes dans les années 60, lors d'un autre voyage à Dilly, avec Madame Seydou. J'ai lu alors presque tous ses poèmes, je les ai chantés, j'en ai appris certains même par cœur. Mais à l'époque de ce récit, je visitais les tombes des saints pour faire des prières, demander la clémence de Dieu pour ces derniers, et demander également aux saints de me faire bénéficier de leur baraka (6).
Le visiteur reprit :
- Tu es seul ?
- Je suis seul. Personne ne m'accompagne.
- Je ne peux pas te prendre, car j'ai avec moi également ma femme et ma belle-mère, nos bœufs porteurs ne peuvent transporter une personne de plus.
- Alors, lui dis-je, tu peux quand même faire quelque chose pour moi, si tu as quelque chose à manger. Je n'ai rien mangé ni bu depuis hier matin, lorsque j'ai quitté Dîna !
- On peut te donner un peu de viande séchée.
- J'aimerais bien, dis-je, mais je n'ai pas d'eau non plus.
- Nous avons un peu d'eau. Apporte ta bouilloire !
Dieu m'a protégé et permis d'arriver après toutes ces aventures jusqu'à Dîna. De là je passai à Dilly, puis à Nara, et enfin à Mouroudia. Dans ce village avait vécu un grand marabout, Muhammad Murji, comme le nomment tous les Maures. Il était déjà mort à l'époque de mon passage, mais en laissant une descendance de douze ou treize fils, tous des walî (7). Ils me reçurent chez eux et je restai trois jours pour bien me reposer. Je me fis alors montrer la route de Banamba et je suivis des gens qui s'y rendaient en charrette.


Extrait 2 : Récits d'un chasseur

J'allais souvent avec mon fusil à Gonda. Un jour, les villageois me demandèrent ce que je chassais :
- Je chasse tout le gibier que je vois !
- Alors nous avons ici un animal très fort, qui peut lutter avec les lions et leur échapper : c'est un timba !
Ils désignaient ainsi en bambara le yeendu, nommé en français fourmilier ou oryctérope, parce qu'il mange les fourmis. C'est une bête assez forte, mais qui résiste peu à l'attaque des balles.
Et ils reprirent :
- Nous pouvons t'indiquer où se trouve cet animal. Les chasseurs de Gonda et des villages voisins ont tout tenté pour tuer ce grand fourmilier, sans jamais réussir.
- Pourquoi donc ?
- Parce que cet animal est invulnérable à cause des incantations qui lui sont attachées. D'ailleurs si quelqu'un le tuait, il s'exposerait à mourir dans la même année. Si vous souhaitez avoir longue vie vous ne devez pas le tuer, vous ne devez pas le voir même !
Et le chef des chasseurs de ce village, Sidi Diarra, ajouta :
Tu as tué beaucoup de fourmiliers, mais tu ne pourras pas tuer celui-ci ! De toutes façons il est très âgé, on a fait tout pour l'abattre mais c'est impossible. Si tu réussis, je te donnerai un cadeau comme personne ne l'a encore fait !
- Que m'offres-tu ?
- Tu venais de Mopti ici uniquement pour la recherche de céréales, n'est-ce pas ?
- Oui.
- Je te donnerai une quantité de céréales qui ne te fera pas regretter de nous être venu en aide : car c'est notre intérêt d'avoir la tête de cet animal ! Cependant, je t'avertis que ta mission ne sera pas facile : j'ai passé presque un mois à la recherche de ce fourmilier sans pouvoir le trouver. J'ai confié la même mission à de nombreux chasseurs, mais aucun d'entre eux n'a réussi.
- Bon ! Si tu me donnes des céréales, je veux essayer moi aussi.
A ce moment, certains de mes amis me mirent en garde :
- Ce n'est pas la peine de te fatiguer ! Six villages de chasseurs n'ont pas pu en venir à bout : alors toi, comment pourrais-tu y parvenir ?
- Je ne sais pas, je vais essayer.

Chasse au fourmilier

On me prévint que la bête ne sortait pas pendant la journée. Mais cela, je le savais, puisque chez moi aussi, les fourmiliers ne se promènent que la nuit. Nous attendîmes jusqu'après dîner et vers neuf heures, je m'embarquai en compagnie du vieux chasseur du village Sidi Diarra dans une pirogue. Après avoir traversé le fleuve qui dans la zone de Gonda est deux fois plus large qu'à Mopti, nous continuâmes jusqu'au grand bosquet où vivait le fourmilier en question, avant d'accoster la rive opposée, sous un grand arbre. Après avoir débarqué, je commençai à tout préparer. J'armai mon fusil, je chargeai ma lampe à six piles, que je m'étais attachée sur la tête. Je disposai ma cartouchière sur ma chemise. Voyant que les deux personnes qui conduisaient la pirogue à la perche voulaient se joindre à nous, je leur demandai de ne pas me suivre, ou tout au moins d'éviter de faire trop de mouvements avec moi et de laisser une centaine de mètres entre eux et nous, en se repérant sur la lumière que j'avais sur mon front.
Au début, nous nous contentâmes d'aller et venir et le vieux chasseur me dit :
- A pareille heure, il vaut mieux rester le long de la rive du fleuve, car c'est le moment où l'animal descend pour boire. Plus tard il monte dans les buissons pour déterrer les fourmis et les termites.
Nous longeâmes donc un peu le fleuve et nous rencontrâmes le fourmilier au bout de peu de temps. La lumière tomba sur lui pendant qu'il buvait. Dès que je le vis, je le signalai au vieux en sifflant. Puis la bête remonta. Le vieux vint près de moi, je lui montrai l'animal sur qui je promenai le faisceau de ma lampe, au loin. Le vieux dit : "oui, c'est bien lui ! De tous les fourmiliers qui vivent dans ce buisson, c'est lui le plus gros ! Quelqu'un qui l'apercevrait sans l'examiner attentivement, pourrait jurer au nom d'Allâh que c'est un âne ! Seulement, l'âne est de plus haute taille que le fourmilier. Alors que notre bête est un peu plus basse sur pattes. Mais elle est énorme, vraiment énorme ! "
Bon ! Maintenant que je m'étais assuré qu'il s'agissait bien de notre fourmilier, je le poursuivis sur une petite distance. Quand il commença à entrer dans le bosquet, je fis des pas assez rapides pour le dépasser de trente-cinq mètres. C'est alors qu'il découvrit la lumière de ma lampe et se mit à me regarder. Je visai l'animal. Dieu a voulu que la balle n'arrive pas exactement là où je visais puisqu'au lieu d'atteindre la tête elle atteignit la clavicule, cassa l'os puis entra dans la poitrine, avant de ressortir par derrière.
Le fourmilier hurla, on aurait dit un être humain. Il tomba par terre. J'appelai à haute voix le vieux chasseur et les autres qui venaient après moi. Le vieillard dit qu'il ne pouvait pas le toucher parce que c'était très dangereux.
Voyant la frayeur de mes compagnons, je me fis apporter deux couteaux pour égorger l'animal. Le premier couteau se cassa à la première tentative, je ne pus même pas entamer la peau. On me donna le second couteau. J'ai tout fait, tout ! J'ai tout fait pour parvenir à l'égorger, sans arriver à rien !
D'autres vinrent me relayer et prendre le couteau. Après de nombreuses et vaines tentatives, nous trouvâmes finalement un moyen de l'égorger : je pris la peau, je la soulevai, pendant qu'une autre personne l'égorgeait avec le couteau.
Maintenant, Abdoullaye Bouraïma, Tangara Koundia, le vieux Sidi Diarra et moi, avons tout fait pour porter le fourmilier jusqu'à l'endroit où nous avions garé la pirogue. Ce fut peine perdue ! Il nous fallut faire le tour avec la pirogue et la rapprocher, pour parvenir à le traîner jusqu'à l'eau.
Une fois le fourmilier dans la pirogue, je dis au vieux chasseur :
- Maintenant, j'ai satisfait à la condition qui avait été établie, puisqu'il était convenu que si je tuais cet animal, je recevrais du mil en abondance !
- Oui ! Je ne suis pas quelqu'un qui puisse te trahir. Je te donnerai cela demain matin. Mais maintenant, si tu veux, tu peux encore chasser dans les buissons, puisque nous sommes arrivés il y a peu de temps. Il n'est même pas dix heures.
Je continuai à parcourir avec mes compagnons les buissons en tous sens et je rencontrai une troupe de porcs-épics en train de manger les fourmis des arbres. Je crois qu'ils avaient l'habitude des chasseurs et des fusils car dès qu'ils virent la lumière, ils se dispersèrent. Je les poursuivis un à un. Je réussis à en tirer un, je l'égorgeai. Je poursuivis les autres, je rattrapai un deuxième, très loin, je le tuai et je l'égorgeai. Je poursuivis les deux autres jusque de l'autre côté du bosquet, dans un endroit où il y avait un peu d'eau. Ils descendirent pour se cacher, et j'atteignis l'un d'entre eux. J'en avais donc trois maintenant. Mais pour les ramener à la pirogue, mes trois compagnons durent faire très attention car on ne peut pas traîner par terre les porcs-épics, à cause de leurs piquants très dangereux. Nous dûmes chercher une corde et les traîner par la tête jusqu'à la pirogue.
Cette chasse au fourmilier me permit de recevoir trois cents kilos de petit mil, trois cents kilos de riz décortiqué et mille francs de l'époque. Voilà donc ce qui est arrivé entre cet animal et moi.

Une nouvelle histoire d'autruche

Je vais raconter maintenant une histoire d'autruche qui est arrivée lors de ma visite à Dar es Salam.
Je résidais alors dans le village de ma femme Penda, avant mon mariage. J'étais allé rendre visite à son père, qui est également le frère de mon père. Une fois arrivé aux abords de Dar es Salam, j'allai dans un marché, au village de Dianké, dans le cercle de Niafounké. J'y trouvai une femme bella8 qui vendait des œufs d'autruches.
Je lui demandai :
- Combien vends-tu chaque œuf ?
- Cent francs, me dit-elle.
Je discutai le prix et finalement j'achetai trois œufs, pour cinquante francs chacun, que je ramenai au village de ma future femme, à Dar es Salam. C'est à ce moment-là que je me fiançai avec elle.
Je pris un œuf, et j'écrivis dessus le nom de mon ami, Aboubacar Barry. Sur l'autre œuf, j'écrivis le nom d'un autre de mes amis, Amadou Coulibaly, qui est mort aujourd'hui. Sur le troisième œuf enfin, j'écrivis mon nom.
Je me renseignai sur la manière de faire arriver ces œufs à éclosion. Une femme bella me donna le conseil suivant :
- Il te faut chercher une marmite, ou un canari, et y mettre une grande quantité de grains de coton. Tu déposeras les œufs par dessus, tu rempliras le récipient avec les graines de coton et tu mettras le tout dans un endroit chaud. Grâce à la chaleur retenue par les grains de coton les œufs pourront éclore et te donner trois autruches.
Je suivis donc ses conseils, et déposai le tout dans une paillote, où étaient entreposés des bagages, des objets divers et des céréales. Je laissai là les œufs. Venu voir au bout d'un mois, je trouvai un œuf déchiré, fendu, mais à l'intérieur l'animal était mort. Je remis les graines de coton par dessus les autres œufs et laissai le tout en l'état, jusqu'à ce que l'un des œufs se fende à nouveau, et que le poussin en sorte. Un matin, je le vis s'asseoir près de la coquille de l'œuf ; et voyant chaque matin le poussin de l'autruche, je demandai aux Bella ce qu'il fallait faire. ils me dirent : "Il ne faut rien faire ! Laisse les oeufs sur les graines de coton jusqu'à ce que les poussins en sortent ! Et en attendant, celui qui est né restera au chaud, ce qui facilitera sa survie."
Puis, un jour, je vis le poussin en train d'attraper et de gober des mouches. Je compris qu'il lui fallait des mouches maintenant. Donc, j'allai dans les endroits où nous barattions le lait et en frappant avec un couvercle, je pus trouver quatre, cinq, six mouches noires que je déposai près du poussin, qui les avala.
Je continuai ainsi jusqu'au moment où le poussin fut capable de descendre du canari par terre. Je me mis alors, chaque fois que j'allais en brousse, à casser des termitières et à lui apporter les termites à manger.
Bientôt il commença à se promener avec les poulets de la cour. Mais un jour, je me rappelai l'œuf qui restait encore. J'allai le voir, mais je ne trouvai pas de poussin. Je demandai à une femme bella ; elle me dit qu'au bout d'un mois, c'était fini, l'œuf ne pourrait plus éclore. Je pris ce dernier œuf, je le fis cuire et le mangeai.
Le petit poussin d'autruche vivait maintenant avec les poulets. J'allais dans la brousse, coupais des feuilles d'arbres, au moment où les bourgeons éclosent, et je les lui ramenais à manger. Dans la nuit, il couchait parmi les poulets. Il grandissait et il mangeait tout ce qu'on lui donnait : le riz, le tô, le poisson sec ! Puis il a grandi au point d'arriver à ma taille. Lorsque je prenais mon fusil et que j'allais à la chasse, à mon retour je lui laissais les intestins des oiseaux et de toutes les bêtes que j'avais abattues
Quand je compris qu'il mangeait de la viande, je me mis à chasser pour lui des écureuils. Je coupais chaque écureuil en deux moitiés, qu'il venait prendre et avaler. Ou bien je les coupais en trois morceaux, qu'il prenait et avalait de la même façon. Maintenant le poussin était devenu une autruche plus grande que moi !
Le commandant de cercle (9) de Léré apprit que je possédais une autruche. Il envoya un garde pour m'ordonner. de faire venir l'autruche à Léré, puisque c'est interdit d'en élever. Je dis au garde que je ne pouvais plus prendre cette autruche pour la conduire à Léré, car elle était plus forte que moi maintenant ! Ils retournèrent rapporter ma réponse au commandant, qui vint alors en personne. Il m'ordonna de tout faire pour attraper l'autruche, car il était interdit d'en posséder.
- Je ne savais pas, lui dis-je. Si j'avais seulement su ! J'ai simplement acheté un œuf et je l'ai gardé jusqu'à ce que l'autruche qui en est sortie atteigne la taille qu'elle a aujourd'hui ! Elle est arrivée à un stade où je ne peux rien contre elle : elle part le matin dans la brousse et ne revient que vers six heures.
- Que vais-je donc faire ? demanda le commandant.
- Je ne sais pas ! Vous ne pouvez pas me la laisser ?
- Non, je vais la prendre pour l'envoyer à Bamako. Car c'est le jardin zoologique qui doit la garder.
- Je ne savais pas !
Le jour prévu pour la capture, elle quitta le village le matin de bonne heure et s'en alla en brousse, avant même le réveil du commandant. Ils ont tout fait pour la prendre, mais sans succès. Elle quittait le village le matin et ne revenait qu'au crépuscule. Lorsqu'ils voulaient l'arrêter, elle sortait, on courait en vain derrière elle. Comme ils ne voulaient pas la tirer au fusil, elle s'en allait dans la brousse et passait toute la nuit là-bas. Ils firent tout pour la capturer, mais ce fut peine perdue. Ils vinrent me voir en me disant :
- C'est toi le propriétaire, il te faut essayer de l'amadouer pour la prendre, et nous la remettre pour que nous l'attachions.
- Je ne peux pas courir dans la brousse derrière l'autruche. Si vous me dites de lui tirer dessus, je peux le faire !
- Mais si tu la tires, on ne peut plus l'envoyer à Bamako !
Les choses restèrent en l'état pendant six mois. L'autruche était devenue grande ! Maintenant, elle avait commencé à attaquer les gens. Si une femme allait au bord du fleuve pour laver son mil, l'autruche venait et renversait le récipient pour faire tomber le mil par terre et le manger.
Elle commençait à m'embêter ! Elle allait jusqu'à Dianké, où se tient le marché. Les commerçants qui vendaient les dattes étaient tout le temps en train de me faire payer quelque chose à cause des dégâts provoqués par l'autruche.
Alors je me mis à beaucoup regretter d'avoir ces problèmes. Quand je voulus repartir à Mopti, on me dit que si je l'emmenais avec moi, l'autorité malienne n'allait pas l'accepter. Ils allaient la tuer ou m'infliger une amende.
Donc, un jour, je tirai dessus avec mon fusil. Je partageai la viande avec les voisins, et nous avons mangé de la viande d'autruche pendant une semaine, et même plus !
Puis le commandant de Léré m'écrivit encore au sujet de mon autruche. Je lui dis :
- L'autruche est partie dans la brousse, je n'ai pas pu la revoir depuis que vous avez quitté notre village. C'est fini !
Il a tout fait pour savoir exactement ce qui s'était passé, mais il n'a pas pu.

La pintade ensorcelée

Voici encore une autre de mes aventures, encore plus étonnante que les précédentes !
J'avais accompagné ma femme Penda dans son village et au bout d'une semaine, j'eus envie d'aller à la chasse. Le fils du chef de village de Dar es Salam était Gouro, depuis la mort de son père.
Je lui demandai :
- Y-a-t-il du gibier ici ?
- Que chasses-tu ?
- Tout ce que je peux trouver : les pintades, les biches, tout !
- Les biches se trouvent très loin du village. Mais pour les pintades, je peux t'accompagner jusqu'à l'endroit où il y en a.
Nous partîmes donc dans l'après-midi, aussitôt après la prière. Il me conduisit non loin du cimetière, dans un endroit où nous trouvâmes un grand nombre de pintades. Tout un groupe ! A notre arrivée, une pintade mâle nous aperçut. Toutes les autres étaient en train de manger; elles grattaient la terre avec tant d'ardeur qu'on voyait la poussière monter ! Donc, le mâle donna l'alerte et toutes les autres pintades s'envolèrent, sauf lui. Ne voulant pas me contenter d'une seule pintade, je partis en courant à leur poursuite, et le mâle les rejoignit entre temps. Je m'approchai donc et me mis en position pour tirer. Mais la même bête donna l'alerte en faisant "Krrrr" ! et toutes les pintades partirent de nouveau. Je me dis alors : "Vraiment, ce mâle commence sérieusement à m'embêter ! "
Et je me remis à la poursuite des pintades.
Quand j'arrivai au troisième endroit qu'elles occcupaient maintenant, le mâle sauta sur un tronc d'arbre pour prévenir les autres pintades. Je dis à Gouro :
- Je n'aurais pas voulu tuer une seule pintade : ça va me gâter une seule cartouche pour rien ! Mais je suis obligé d'abattre celle-ci, elle m'a trop poussé à bout !
Je me mis donc en position pour viser. La pintade était sur le tronc. Quand je dis (10) "Po" ! elle tomba à la verticale et sur le dos. Elle était en train de battre comme ça des pieds à mes yeux ! Gouro me tendit son couteau :
- Tiens voici mon couteau pour l'égorger !
Je pris le couteau, Gouro vint derrière moi et je ne trouvai plus que les plumes, la pintade avait disparu. Or elle était bel et bien tombée, je l'avais vue ! Elle ne s'était pas envolée, elle n'avait pas fait de mouvements pour partir en cachette. D'ailleurs il n'y avait aucune cachette où elle aurait pu se dissimuler : il n'y avait que le tronc et pas de buisson. J'étais donc venu avec Gouro, disant : "je vais prendre la pintade ! " Et je n'avais trouvé que des plumes : des plumes en très petite quantité, qui ne pouvaient même pas remplir les paumes de mes mains. J'étais vraiment stupéfait !
- Qu'y a-t-il ? demanda Gouro
- Ça, c'est vraiment trop fort !
- Mon Dieu ! Pourtant elle est quand même tombée près de l'arbre !
- Moi aussi je l'ai vue ! C'est quand même terrible !
Et Gouro d'aller et venir aux alentours de tous côtés, à la recherche de la pintade.
- Mais comment cela est-il possible ? Et en plein jour par dessus le marché ! Il y a des buissons aux alentours, allons les fouiller !
Mais il n'y avait là-bas rien qui ressemble à une pintade.
- C'est donc un jinn que nous avons tué ! dis-je alors, ne sachant quelle autre explication donner à ce phénomène.
Nous avons marché marché jusqu'à épuisement. Après une halte, nous repartîmes, et je tombai sur un autre groupe de pintades. J'en touchai huit d'un coup. Je les égorgeai et nous décidâmes de rentrer.
Sur le chemin du retour, nous continuions à évoquer la disparition de la pintade.
- On n'a jamais vu ça ! observait Gouro. Depuis que tu t'es mis à chasser, as-tu seulement vu une fois une chose pareille ?
- Je n'ai jamais vu chose pareille ! Vous tirez sur une pintade, elle se détache de l'arbre, elle tombe devant le tronc à la verticale, elle reste sur le dos à agiter ses pattes. Nous prenons le couteau, la pintade reste là-bas, nous la voyons bien distinctement et quand nous arrivons, elle a disparu, nous trouvons seulement quelques plumes ! C'est la première fois que je vois une chose pareille !
De retour en ville nous racontâmes notre aventure aux vieillards. Parmi eux il y avait un vieux chasseur qui nous dit :
- Les pintades ? Eh bien la pintade mâle peut faire même quelque chose de plus grave que ça !
- Ah bon ? lui dis-je.
- Oui !
Je laissai tomber, nous n'en avons plus parlé. A cette époque, pendant mon séjour à Mopti, j'avais vendu mon fusil perfectionné. J'avais alors un fusil africain, et je repartis un peu plus tard à la chasse aux pintades. Je vis une troupe de pintades. Dès qu'elles m'aperçurent, elles entrèrent toutes se cacher dans des herbes.
Je pensai alors : "Voici un bon coup ! "
Le mâle sortit et vint me faire face. Je me mis en position de tir. Mais quand je dis "kak", le fusil s'enraya, le coup ne put pas partir : le percuteur n'avait pas pu frapper la poudre. Prenant mon couteau, je remis les choses en ordre dans le fusil, et repartis à la poursuite de la pintade.
Je visai : elle me vit encore, elle s'enfuit et s'arrêta un peu plus loin en disant "kakakaka", comme si elle se moquait de moi. Je m'assis encore, je pris la position de tir et de nouveau l'arme s'enraya. Prenant mon couteau, je remis les choses en place, et je repartis à sa poursuite.
Une fois de plus elle m'aperçut Maintenant, elle ne faisait pas de bruit, mais elle me faisait face, un brin de paille sèche dans la bouche, en me regardant fixement. Je me mis en position de tir, mais une fois de plus le coup refusa de partir. J'ajoutai de la poudre, je tirai encore, le fusil ne fonctionnait toujours pas. J'essayai encore une fois, et maintenant c'est la poudre qui manquait.
Trois fois il m'avait été impossible de tirer. De guerre lasse, j'abandonnai la pintade, qui se moquait toujours de moi en faisant "Ko ko ko ko ko kok" ! Je dis : "Oui, vraiment tu as raison." Et je partis. Car j'avais eu peur.
Voici donc ces deux choses un peu étonnantes qui me sont arrivées avec les pintades. Je n'ai jamais rien vu de pareil avec un animal de la brousse. Ça non ! Ces choses paraissent impossibles et pourtant j'en ai été le témoin.


Extrait 3 : Les manuscrits de Hamdallaye à Pinia

Voici ce qui nous a été rapporté : lorsque le conflit entre El Hadj Oumar et Shékou Amadou apparut imminent, les habitants de Hamdallaye appelèrent à l'aide les Dogons et leur demandèrent de prendre tous les manuscrits, documents et objets intéressants qu'ils ne voulaient pas laisser tomber aux mains des Toucouleurs, et de les mettre en sûreté.
Les Dogons descendirent donc de leurs montagnes. Ils chargèrent à dos d'ânes, à dos de bœufs et sur leurs têtes tout ce qu'ils purent emporter. Mais El Hadj Oumar arriva avant la fin de ce déménagement et s'empara de ce qui restait encore à Hamdallaye. Cependant le bruit a continué de courir que tous les autres documents venant de Hamdallaye se trouvaient à Pinia. Ce sont les marabouts de Bandiagara qui m'ont parlé de cela et je suis sûr qu'il ne s'agit pas de mensonges. Aujourd'hui cependant les habitants de Pinia ne savent pas si c'est vrai ou pas.
Donc, cela me conduisit à demander à mon Ministère, à Bamako, de m'aider à trouver des moyens pour monter une expédition vers Pinia, afin de rechercher ces manuscrits. On me répondit à plusieurs reprises que dès qu'on aurait de l'argent on allait essayer, mais que pour l'instant il n'y en avait pas ; cependant, si on en trouvait, on allait essayer, etc etc...
De guerre lasse, je profitai de la fin d'une mission menée avec Louis Brenner pour partir à Pinia demander à l'imam de ce village (car une partie de Pinia est musulmane) s'il pouvait nous aider à savoir quelles familles étaient descendues à Hamdallaye pour prendre ces manuscrits.
Ce fut un voyage très pénible : il fallut laisser la voiture en cours de route, continuer à pied dans les rochers sous un soleil très chaud. Nous avons failli mourir là-bas ! Mais Dieu nous a sauvés.
Une fois arrivé, j'interrogeai l'imam du village, qui me répondit qu'il n'était au courant de rien : tout ce qu'il savait, c'est que la partie musulmane de Pinia est islamisée depuis le temps de Shékou Amadou. Mais de toutes façons, s'il est vrai que des manuscrits ont été apportés à Pinia, nul doute qu'ils ne soient actuellement complètement détériorés, car les Dogon ne connaissent pas la manière de conserver les livres. Peut-être les ancêtres qui ont apporté ces documents les ont-ils entreposés dans leurs maisons. Mais dans ce cas les termites et la pluie en ont eu certainement raison, et les manuscrits auront fini par être amalgamés à une termitière et le tout par être adoré comme des idoles : les Dogon pratiquent ce genre de culte en versant dessus la crème, le lait et le sang. Donc, les Dogon d'aujourd'hui n'en connaîtront même pas l'origine et diront seulement qu'il s'agit d'idoles de famille. C'est la fin la plus probable de la chose ! Les gens qui ont apporté ces manuscrits sont morts depuis longtemps, et leurs descendants les ont toujours vus dans leurs maisons, sous forme de termitière, mais sans savoir de quoi il s'agit. Ils sont aujourd'hui irrécupérables.
De toutes façons, il a été impossible de trouver qui que ce soit dans le village de Pinia pour nous donner des informations précises. Lorsque les Dogon regardent un étranger, c'est fini. Nous sommes restés là deux ou trois jours, nous avons essayé par tous les moyens d'obtenir des renseignements, mais nous n'avons rien eu
Voilà... Alors, aujourd'hui, je pense que pour les recherches historiques sur le Mali, il suffit de passer à la Bibliothèque Nationale Française et d'y consulter les Fonds Archinard et de Gironcourt (11), et qu'il est inutile d'aller au delà. Mais si Dieu a voulu qu'un chercheur aille plus loin, je vous dis que dans tout le Macina, de Ouro Ndia jusqu'à Dia, il n'en trouvera jamais autant. Cependant, pour éviter la fatigue, le chercheur doit aller consulter la Bibliothèque Nationale française. C'est là qu'il y a tout. Ce que les colonisateurs ont trouvé en arrivant dans le pays, tout ce qui n'est pas parti avec les Dogon à Pinia, tout ce qu'ils ont ramassé et rapporté de Ségou, ils ont tout déposé à Paris.
Car El Hadj Oumar avait accumulé à Ségou dans sa bibliothèque tout ce qu'il avait trouvé comme livres et comme manuscrits dans les pays où il est passé, et il y a fait apporter ce qu'il avait trouvé à Hamdallaye. C'est pour cela que si vous allez travailler dans le Fonds Archinard à Paris, vous y trouverez de nombreux manuscrits de Djenné, de Hamdallaye, de Soufouroullaye, de Mopti...de Ténenkou... avec les lettres et la correspondance de El Hadj Oumar. Alors que sur place on ne trouve plus rien (12). Depuis le moment où j'ai commencé à faire des recherches, les manuscrits que j'ai pu découvrir par ci par là, un à Douentza, un à Nokoura, un à Boundoukôli (13), un à Djenné, c'est toujours une copie du même document, sur l'origine des Peuls du Macina. et rien d'autre... Tout le reste est formé de traditions orales qu'on peut recueillir pour les transcrire. Il en est de même pour ce que de Gironcourt a recueilli.


Extrait 4 : Un festin à Tombouctou

L'inauguration du marché de Tombouctou

Nous devons partir ensuite à Tombouctou assister à l'inauguration du nouveau marché. Il est également prévu une exposition de manuscrits, qui seront présentés par leurs propriétaires. Nous nous joignons aux Touaregs, aux nomades qui viennent assister eux aussi à l'inauguration. Le Président de la République du Mali a organisé une cérémonie très mémorable De nombreux étrangers sont venus y assister, certains même d'Amérique. Nous passons tout ce temps à pied, pour filmer les manifestations et les réceptions. Les Touaregs comme les gens de Tombouctou montrent leurs spécialités culinaires.
Ainsi les Touaregs égorgent-ils un chameau dans l'intention d'honorer le Président. Ils le dépouillent, lui ouvrent le ventre. Ils égorgent un mouton, ils en enlèvent la peau, ils lui ouvrent le ventre et ils mettent le mouton à l'intérieur du ventre du chameau ! Ils égorgent un poulet. Ils lui ouvrent le ventre et ils le mettent dans le ventre du mouton. Ils égorgent un pigeon, ils le plument, ils lui ouvrent le ventre et ils le mettent dans le ventre du poulet. Ils cherchent trois œufs. Ils les lavent proprement et les introduisent dans le ventre du pigeon. Ils cousent le ventre du pigeon. Ils cousent le ventre du poulet. Ils cousent le ventre du mouton. Ils cousent le ventre du chameau. Puis ils soulèvent le chameau avec son contenu et le mettent à cuire.
Ils le laissent griller depuis le matin jusqu'à sept heures du soir. Les Touaregs spécialistes en matière de rôtisserie apportent deux grands bâtons entre lesquels ils attachent des cordes, disposées comme s'ils faisaient de la vannerie. Puis ils disposent au dessus un tissu d'un blanc immaculé. Ils déterrent le chameau et le déposent sur le vêtement blanc, bien nettoyé et bien propre. Trois personnes l'apportent sur la table de réception. Je n'ai jamais vu rien de pareil ! C'est alors que je comprends pour la première fois combien les Touaregs sont qualifiés en matière de rôtisserie !
Nous nous mettons à manger. Il y a là le chef de l'État malien avec ses députés, ses ministres, ainsi que les autres personnalités étrangères qui ont répondu à l'invitation, puis mes compagnon et moi. La longueur de la table sur laquelle nous mangeons est peut-être de quinze mètres ou davantage.
Nous prenons la viande de chameau rôtie, avec les doigts. Ce n'est même pas la peine d'utiliser un couteau. Cette viande vient toute seule, on peut la prendre à la main, tellement elle est rôtie. Les convives mangent toûoût le chameau jusqu'à la fin. Nous trouvons dans le ventre de ce chameau un mouton cuit à point. Nous le mangeons, puis nous trouvons dans le ventre de ce mouton un poulet. Enfin nous trouvons dans le ventre de ce poulet un pigeon. Il y a cependant des gens qui n'ont rien eu, car c'est trop petit pour tout ce monde. On trouve dans le ventre de ce pigeon un œuf cuit à point et on le donne au chef de l'État !
Voilà comment les Touaregs ont organisé cette réception à Tombouctou.
Les autres habitants de Tombouctou, ceux qui ne sont pas touaregs, ont préparé la nourriture selon leurs moyens. J'ai déjà eu l'occasion de savourer leur sauce et je n'en ai jamais mangé de meilleure ! On la prépare en faisant fondre du beurre de vache. On cueille des fruits dont on presse la pulpe pour en tirer un jus très sucré. On prépare petit à petit ce jus, jusqu'à ce qu'il ait pris la consistance d'une confiture. On mélange cette confiture au beurre de vache, pour former un mélange bien homogène
Le deuxième jour, tout le monde mange cette nourriture et les autres plats. C'est chaque fois une sauce différente et chaque sauce est meilleure que la précédente. Tous ceux qui ont assisté à la cérémonie sont d'accord pour dire que vraiment la sauce des habitants de Tombouctou est sans pareille ! La ville de Tombouctou y a acquis une grande réputation pour ses connaissances en matière culinaire (14).

Extrait 5 : La sécheresse au Mali

Le souvenir de l'année 1913-1914, "la grande année". En 1973 et 1984, nous avons vu quelque chose de terrible. La sécheresse de ces dernières années a transformé la vie des Maliens, tout comme les paysages, la faune et la flore.

Je vous ai promis tout à l'heure de continuer notre causerie, à propos de quelques thèmes que je n'ai encore que peu abordés. Je commencerai par vous entretenir des effets de la sécheresse sur notre vie au Mali, en évoquant les différentes sécheresses qu'a connues le peuple malien, aussi loin que peut remonter ma mémoire.

La sécheresse de l'année 1913-1914 (Kitangal, la grande année)

En fait, la période de sécheresse, la plus ancienne que je puisse mentionner, même si je ne l'ai pas vécue personnellement, est celle survenue dans la terrible année 1913-1914, que je connais par le récit que m'en firent mon père et ma mère
Il y eut à cette époque une sécheresse, qu'on appelle en langue peule Kitangal, c'est-à-dire "l'année terrible" (15). Elle eut lieu au moment de la naissance de mon grand frère Amadou.
Je n'ai donc pas assisté à cette épreuve. Mais partout on en a parlé dans le pays malien ! Les hommes mouraient à cause de la famine. Les animaux mouraient à cause de la famine. Il n'y avait pas assez d'eau pour que les hommes boivent, il n'y avait pas assez d'herbe pour les animaux.
La famine dura pendant les douze mois de l'année 1913 : douze mois effroyables au cours desquels il y a eu même des brigandages et des vols.
Certains mangeaient leurs ânes, d'autres mangeaient leurs chevaux. J'ai appris par mon père que les gens cherchaient comment voler les calebasses inutilisées pour les piler, les saler et les consommer ainsi ! Ceux qui avaient des paires de chaussures en peau non tannée allaient les brûler sur le feu et les mangeaient ! Jamais les Soudanais du Mali n'oublieront les souffrances endurées pendant cette famine ! Tous ceux qui ont vécu cette année terrible n'ont cessé d'en parler pendant le restant de leurs jours.
Cette famine fut excessivement grave. Puis au bout de treize mois finalement il se mit à pleuvoir. Les semailles n'avaient pu être faites à temps. Mais les pastèques se mirent à pousser dans le désert, et il y eut aussi des poissons. Les poissons, on pouvait les prendre directement puisqu'il n'y avait plus d'eau dans le fleuve. On les prenait même à la main ! Lorsque les gens avaient de quoi faire du feu, ils les faisaient cuire. Sinon, ils les mangeaient séchés. Mais un peu plus tard, lorsque les pastèques furent mûres et que les gens se mirent à les manger, ils mouraient sur le champ. De même lorsqu'ils trouvaient une vache égarée, qu'ils la prenaient et l'égorgeaient, puis en mangeaient à satiété, ils mouraient immédiatement, sur le champ ! C'est une épidémie qui se répandit en même temps que la famine : lorsque quelqu'un d'affamé depuis longtemps mangeait de nouveau à sa faim, il mourait immédiatement ! C'est quelque chose de vraiment très curieux, très étonnant ! Beaucoup de gens sont morts, certains de faim, d'autres dès qu'ils ont trouvé à manger : leurs intestins ne pouvaient plus supporter la nourriture après un si long jeûne !

La sécheresse de 1973

Mais j'ai personnellement vécu, pendant mon séjour à Bamako, deux périodes de sécheresse très dures, qui sont encore dans toutes les mémoires : celle qui a commencé en 1973, et celle des années 84-85.
J'évoquerai d'abord la première.
Avant les années 1973 et suivantes, où de nombreux villages ont été désertés, le Mali était très habité. Les pêcheurs prenaient des poissons en quantité phénoménale. Ils en tiraient leur nourriture, ils les commercialisaient, ils pouvaient bien vivre avec leur pêche. Si vous étiez arrivé à Mopti à cette époque, vous auriez vu des pirogues alignées sans discontinuer, à perte de vue et toutes ces pirogues étaient chargées de poisson fumé, de poisson séché, de poisson cru, qu'on apportait au marché.
Les habitants de Mopti qui ne sont pas pêcheurs sont agriculteurs, la plupart cultivant le riz, comme dans tout le Macina, dans la zone inondable du bourgou. Et à cette époque, tous les villages situés le long du Niger étaient sans pareils pour la culture du riz.
Les villages du Kounari qui se trouvent dans la plaine mais sont moins proches du fleuve cultivaient le riz et le mil : c'est le cas de Kona. Les villages situés au delà et adossés aux collines, comme Niakongo, Ouro Néma, comme tous ceux du Kounari, sont trop éloignés de l'eau de crue pour pratiquer la riziculture.
Dans le cercle de Douentza, les gens cultivaient seulement le mil, les arachides, les haricots, et aussi du fonio. Dans le Haayre, on ne cultive nulle part du riz. Dans la région de Bandiagara, certains parvenaient à cultiver du riz, mais c'est par le mil qu'ils étaient connus : le mil, le gros mil, le fonio et les arachides. Cependant, ils pouvaient pratiquer aussi un petit jardinage de maïs et de haricot, pour leur alimentation personnelle...
Mais quand l'année 73 arriva, elle retira tout ça de la main du peuple malien. Et en 1973, il y eut également un gros déficit en matière de pêche. Les pêcheurs ne pouvaient rien prendre, puisque l'eau ne venait pas, et que la pluie ne venait pas. Une sorte d'épidémie frappait les arbres, l'herbe, les animaux, tous les êtres vivants, même les poissons.
Les pêcheurs pouvaient partir en groupe sur le fleuve pour rechercher simplement de quoi dîner, mais ils passaient toute la nuit dans l'eau, pour ne sortir qu'avec un seul poisson, où même les mains vides !
En 1973 et 1984, nous avons vu quelque chose de terrible... Le pays était tellement fatigué que plus personne ne voulait recevoir chez lui ceux qu'il connaissait et ceux qu'il logeait auparavant. Si vous aviez de l'argent, vous pouviez manger. Si vous n'aviez pas d'argent, personne n'était plus votre ami. Personne ne voulait que vous mangiez chez lui.
Le bétail non plus ne pouvait plus vivre. On estime qu'environ sept millions d'animaux sont morts dans les régions de Gao et Tombouctou. Ce fut une grande perte pour toute la République du Mali. Tous les animaux mouraient : moutons, chèvres, vaches, chevaux et même des chameaux.

Même les éléphants sont morts

Personnellement, j'ai compté quarante et un éléphants morts entre Douentza et Ngouma, lors d'une mission que j'ai effectuée dans le cercle de Douentza. J'avais pu emprunter le véhicule du commandant de cercle, qui partait en mission à Ngouma, aux côtés des représentants des Eaux et Forêts, et du garde-cercle. Au lac Korarou, il n'y avait même pas une goutte d'eau. Des éléphants étaient venus chercher à boire. Ils s'avançaient en pataugeant dans la boue jusqu'au milieu du lac. Mais ils avaient beau avancer, ils ne trouvaient pas d'eau. Ils s'enfonçaient dans la boue jusqu'à la poitrine et n'avaient plus ensuite la force de sortir. On en voyait de temps en temps huit, de temps en temps dix, de temps en temps onze, immobilisés et dans l'incapacité de bouger (16).
Les habitants des villages environnants descendaient armés de pilons et de haches et venaient les tuer pour prendre leur viande. Ce qui conduisit ces gens à un grave différend avec les Eaux et Forêts, puisque naturellement une telle chose est interdite.
A Ngouma également, il y a deux lacs, dans lesquels les éléphants descendaient, en s'avançant à grand peine vers la petite parcelle d'eau qui restait encore au milieu. Avant même d'y arriver, ils s'étaient enfoncés jusqu'à la poitrine ! Ils ne réussissaient plus à sortir et personne ne pouvait plus les en tirer. Ils avaient déjà usé toute leur énergie pour arriver vers les endroits où il restait un peu d'eau et de boue. Ils renonçaient peu à peu à sortir et on pouvait en voir dix, vingt même, enlisés sur place et incapables de s'en retourner. Ils ne pouvaient plus boire, ils ne mangeaient pas, personne n'était à même de les retirer, ils restaient là jusqu'à ce que mort s'ensuive.
Quand c'était fini pour eux, les gens descendaient dans les lacs avec leurs haches, leurs couteaux, et enlevaient la viande dont ils avaient besoin. La situation était exactement la même à Nyangay, le plus grand lac du Mali. Les Eaux et Forêts y comptèrent cette année là plus de soixante éléphants morts.

Rien n'est plus comme avant

Tous ces dégâts résultent de la sécheresse qui a commencé en 1973. Auparavant, la richesse en gibier de notre brousse était proverbiale. On y trouvait une quantité de bêtes innombrable, qu'il s'agisse des Koba (17), des gazelles et de toutes les espèces que recherchent les chasseurs ! Et il y avait aussi d'innombrables bêtes fauves, des hyènes, des lions !
Mais à partir de 1973, tous ces animaux sont partis, et personne ne sait où. Certains disent qu'ils sont allés dans les pays voisins comme le Niger ou le Burkina Faso. C'est sans doute vrai, puisqu'en circulant au Niger, j'ai pu voir des animaux sauvages comme on n'en avait jamais vu auparavant. Il faut bien qu'ils soient venus de quelque part ! Et ce qui est sûr, c'est que depuis des années on n'avait pas vu ça au Niger !
Et par ailleurs, après le retour de la pluie, de nouvelles espèces sont apparues. Ainsi, on dit que dernièrement le poisson a commencé à revenir un peu, et même, lorsque les eaux sont abondantes, on trouve des poissons qui ne vivaient pas autrefois au Mali. Je ne sais d'où provient ce changement. En tous cas, au marché de Fadjigila même, à côté de chez moi, on trouve régulièrement des poissons étrangers, pris à la ligne par les pêcheurs dans le fleuve Niger, entre Bamako et Koulikoro.
Alors qu'avant la sécheresse, dans tous ces lieux, les gens vivaient d'élevage, de culture ou de pêche, et ces activités prospéraient de manière formidable : à cette époque, on n'a jamais entendu dire comme aujourd'hui que les céréales consommées au Mali venaient de l'extérieur ! Le pays en produisait de manière surabondante. Mais1973 nous a enlevé tout ça !
S'il n'y avait pas eu le problème de sécheresse, je suis sûr et certain qu'il serait difficile de trouver un pays africain comme la République du Mali. Autrefois les jeunes gens ne quittaient pas leur village avant d'avoir fini les cultures. C'est seulement après les récoltes que certains partaient pour chercher de quoi payer leurs impôts en évitant de vendre les céréales ou les animaux. Ils allaient aussi pour gagner de quoi acheter les condiments et habiller la famille. Mais aujourd'hui tout a changé, avec les sécheresses successives.
Et maintenant, dans le Macina comme dans le Guimballa, plus rien n'empêche de circuler en véhicule. Les transporteurs qui font du commerce achètent leur grain à Bamako et vont en camion le vendre à Ouro Ndia. Autrefois on circulait en pirogue, mais maintenant on ne parle plus de cela. De temps en temps, il y a bien des petites pirogues qui peuvent circuler au milieu du fleuve, mais il leur est impossible de rayonner comme autrefois à partir du fleuve. Quant aux véhicules, ils peuvent aller de Mopti à Tombouctou en longeant le fleuve sans avoir besoin de passer à plus de dix ou vingt mètres de la rive. On peut donc maintenant aller partout en camion, de Mopti à Tombouctou et dans toute la région. [...]


Extrait 6 : Premier voyage en France

Je vais raconter un de mes voyages à l'extérieur du Mali, vers 1979, la première fois que je suis allé en France. J'étais invité pour le compte du C.N.R.S, par le canal de Christiane Seydou, afin de travailler à notre dictionnaire de langue fulfulde (18). Au cours de cette mission, nous devions élaborer nos méthodes de travail pour la préparation de ce dictionnaire.

Le départ

On m'envoya donc une lettre de recommandation, mon billet d'avion et mon ordre de mission, alors que je n'étais pratiquement jamais sorti du Mali.
Dès lors, j'eus un souci excessivement fort ! Je ne dormais plus : il restait encore sept jours avant mon départ et j'avais perdu le sommeil ! Je ne cessais de penser à mon voyage et à ma famille que j'allais laisser pendant mon absence. Car c'est un problème très dur d'entretenir la famille quand je suis loin de Bamako : à qui allais-je la confier ? Heureusement, Christiane m'a envoyé une somme suffisante, dans sa sagesse et sa générosité, pour que je puisse laisser ma famille avec l'argent nécessaire à l'achat des céréales et des condiments.
Lorsque le jour du départ arriva, nous quittâmes Bamako aux environs de huit heures du soir, pour rejoindre l'aéroport de Bamako-Sénou. J'avais averti quelques amis qui m'ont accompagné. On aurait dit que j'étais un roi : sept voitures nous escortaient ! J'étais dans la huitième. Nous nous retrouvâmes à l'aéroport de Bamako-Sénou. Tout ce monde à cause d'un petit homme comme moi, qui ne vaut absolument rien ! On m'aida dans l'accomplissement des formalités, qui se déroulèrent sans difficultés. Et je m'installai dans la salle d'embarquement où j'étais assis à regarder les gens. Puis on nous appela pour nous embarquer immédiatement dans l'avion, qui venait d'arriver d'Abidjan. Après un moment d'attente, voici qu'à minuit moins le quart l'avion était prêt. On commença à fermer les portes et on nous signala que nous allions tout de suite décoller.
Nous décollons à minuit pile et l'avion prend de l'altitude. Nous n'apercevons plus rien du sol du Mali, et bientôt l'avion aura fini complètement de survoler ce qu'on appelle l'Afrique. Désormais on ne voit absolument rien, puisque nous sommes au milieu de la nuit ! On nous projette un film en cabine1, en cabine 2, en cabine 3, en cabine 4, pour nous faire oublier que nous sommes entre le ciel et la terre. Tout est complètement calme dans l'avion. Chacun s'occupe de regarder le film, qui est extrêmement intéressant. Nous regardons les animaux aquatiques qu'on nous montre dans le film, pour nous faire oublier les dangers au milieu desquels nous nous trouvons...
Dieu nous a protégés jusqu'à l'aube. Arrivés à six heures et demie ou sept heures moins le quart, nous sommes au dessus de la dune de Marseille, sur laquelle nous apercevons de la lumière. Le spectacle est magnifique. Et peu après à sept heures nous approchons de l'aéroport de Roissy.

Arrivée et séjour à Paris

Et bientôt nous allons atterrir à l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle. Maintenant je suis étonné plus encore qu'auparavant et je continue de voir ce que je n'ai jamais vu jusqu'ici : j'aperçois les avions s'apprêtant à atterrir, à droite et à gauche, comme les oiseaux aquatiques qui descendent sur le bord du fleuve. Je suis complètement étonné ! Je regarde... et plusieurs sujets d'inquiétudes occupent mes pensées. Qui va venir à ma rencontre à l'aéroport de Paris ? Et comment vais-je finir par trouver mon logeur ? Et quel moyen aurai-je pour aller en ville ? Et comment vais-je faire pour passer le cap des formalités très chaudes ?
L'avion vient à sa place, il freine, ils font approcher un escalier extraordinaire comme je n'en ai jamais vu ! On nous commande d'attendre à l'intérieur un tout petit peu, pour que le travail commence. Nous restons dans l'avion jusqu'à ce que les policiers, les douaniers et autres contrôleurs se soient installés. Maintenant les bureaux sont ouverts, les passagers cherchent la porte de sortie, et je sors doucement, au milieu de la foule des passagers, une foule très nombreuse, dans les trois cents ou quatre cents personnes.
Nous sortons de l'avion pour nous engager dans l'escalier vitré d'où la vue s'étend de tous les côtés. Cet escalier est à la fois mobile et immobile, nous sommes sur un tapis roulant qui fonctionne à l'électricité, c'est le chemin même qui marche, ce n'est pas nos pieds. Nous sommes avec nos bagages à main, notre voyage continue un peu plus loin. Bientôt nous arrivons à la fin de ce courant qui marche, qui tire le tapis roulant. A la fin de celui-ci je manque de tomber sur mes genoux, car je n'ai jamais marché sur cela, je ne connais pas la manière de s'y prendre ! Mais Dieu me sauve, avec l'aide d'un homme plus costaud que moi qui me prend par la main pour me soulever et pour me faire sauter l'endroit que je croyais un peu dangereux.
Nous continuons à marcher et arrivons à l'endroit où se déroulent les formalités. Les gens y sont nombreux comme des mouches, je me sens perdu comme un coq au milieu du marché, et mon inquiétude a encore augmenté : quand est-ce que ça va finir avec ces formalités ? Je n'y suis pas tellement habitué Je pense seulement que maintenant je ne peux plus retourner au Mali. Je vis une expérience qui ne ressemble à rien de ce que j'ai vécu jusqu'à présent ! Je continue à marcher, en suivant le flot des passagers. Les uns sont derrière moi, les autres sont devant moi. Nous passons par les formalités un par un, montrant chaque pièce l'une après l'autre. Et à la fin Dieu me sauve ! Je trouve que ce sont des hommes très véridiques. Quand vous avez des pièces complètes et totalement en règle, vous êtes très heureux : l'affaire se passe très tranquillement, il n'y a pas de grondement, il n'y a pas de tempête. Le policier ne vous dit rien de mal, il vous laisse tranquille jusqu'à la fin de sa vérification.
Une fois les formalités terminées, nous nous trouvons dans un endroit où tout le monde va prendre ses bagages. Je vois une sorte de tapis roulant qui suit un trajet en forme de disque, et voici que maintenant les bagages viennent un à un. Ils arrivent là où nous les attendons. Ils sont en train de rouler rouler. Et voici ma valise ! Un peu auparavant, j'ai pensé que je ne pourrai pas la retrouver, puisqu'il y a beaucoup de bagages qui viennent et que je n'aperçois pas les miens. Je vois mes soucis encore augmenter : est-ce que ma valise est perdue ? C'est ce que je crains, dans mon ignorance.
Et tout à coup je vois Christiane Seydou devant moi, elle est en train de me chercher. Elle m'aperçoit à son tour. Nous nous saluons respectueusement, amicalement, elle me traite comme son propre frère de même mère même père. Avec sa sagesse, avec son caractère extraordinairement gentil, elle me prend par la main. Voilà une femme qui ne m'a pas négligé, depuis que nous nous sommes salués à l'aéroport de Roissy ! Puis j'aperçois ma valise au loin et je la lui signale. Quand elle arrive devant moi, je la prends. Elle me prend la valise, elle me dirige jusqu'à sa voiture, dans laquelle elle m'embarque immédiatement pour me conduire à mon hôtel, qu'elle a choisi pour moi. Nous restons juste le temps de régler les formalités du séjour, puis nous repartons, dans la même voiture, pour aller chez elle, où elle me montre un petit lit pour que je me repose un peu.
Comme nous sommes le matin, de bonne heure, elle me prépare un petit déjeuner. Je mange bien le café et le beurre, du café au lait et de la confiture. Avec sa sagesse, elle me demande si je suis rassasié. Elle me donne un lit où je me couche et je dors jusqu'au soir. C'est le lendemain mardi que nous commençons à travailler.
Mais une fois mon travail terminé, je suis dans la ville de Paris comme quelqu'un qui est mort, qui est enterré dans le tombeau et qui continue de se retourner dans sa demeure de l'autre monde. Je ne vois personne, lorsque je quitte l'appartement de Christiane Seydou. Ou plutôt, de ceux que je vois et de ceux qui me voient, je ne connais personne. Dans mon hôtel, je suis comme quelqu'un qui est mort. Ceci jusqu'au moment où je commence à retrouver mes amis, par la volonté de Christiane Seydou, qui leur téléphone un à un. Je commence par voir tous nos amis de Paris, qui me traitent comme un frère perdu qu'on a retrouvé ! Tout le monde me respecte. Mon séjour à Paris se passe dans de très bonnes conditions : à tel point que quand je quitte Paris mes amis ont organisé une grande réception pour mon départ. Ils ont préparé de nombreux plats, nous mangeons beaucoup, nous nous distrayons beaucoup jusqu'à minuit, puis nous nous excusons, nous nous donnons au revoir, nous nous embrassons. Je rentre dans mon hôtel pour dormir. Et le lendemain, c'est le départ pour l'aéroport à destination de Bamako.


Notes :

(1) alansara : c'est la prière de l'après-midi, qui a lieu vers seize heures. Par extension, c'est la partie de l'après-midi qui correspond à ce moment. De l'arabe al-'asr.

(2) dhikr : énonciation, répétition du nom de Dieu, récitation de versets coraniques. La pratique du dhikr est devenue une des pratiques importantes attachées à l'appartenance à la confrérie, une technique spirituelle destinée à libérer la part du divin qui est en nous (GARDET Louis, L'Islam Religion et communauté, Paris Desclée de Brouwer 1967, p 242). A cette notion est souvent associée celle de wird (pl. awrâd), partie du Coran que l'on récite. Le wird désigne plus spécialement des formules de prière spécifiques d'une confrérie donnée. Elles sont souvent révélées au moment de l'adhésion à la confrérie, par le shaykh ou par son moqaddem. D'où l'expression "prendre le wird" qui signifie adhérer à telle confrérie. Le mot dhikr désigne souvent l'ensemble du rituel collectif du vendredi propre à une confrérie donnée. Mais faire le dhikr peut aussi être une pratique individuelle. "Le Zikr c'est l'invocation de DIEU, par la mention de Ses Noms, la lecture du Coran, la récitation de poèmes mystiques, etc... Tout acte qui vivifie en l'homme la réalité ou la présence divine est un zikr. Par conséquent, le théologien, le prédicateur, l'invocateur solidaire d'une assemblée religieuse, tous ceux là, disons nous, font le Zikr." Amadou TALL, Dimensions de l'islam selon le Coran et la Sounnah, Dakar 4e édition 1993, p 193.

(3) sacrifice : ce terme correspond en fait à l'arabe Sadaqa, aumône, charité, contribution volontaire, aumône légale à l'occasion d'une fête.

(4) "salåt an-nabî : Almamy fait référence ici à un ensemble de prières portant toutes ce nom de "prières du prophète".

(5) Muhammadu Su'aadu : poète du Macina qui vécut entre 1818 et 1856. Le répertoire de ce poète comprend onze textes qui sont transmis oralement dans les zaouias, en particulier à Sévaré près de Mopti et à Dilly près de Nara.

(6) baraka : c'est-à-dire la grâce divine, qui rejaillit particulièrement sur les grands saints.

(7) walî : c'est un des noms de Dieu (l'Ami et Protecteur). Ici c'est une personne proche de Dieu, sur laquelle rejaillissent de nombreux charismes. C'est un sens à rapprocher de celui de saint dans le christianisme : on est saint par sa pureté de vie, mais aussi par sa capacité de faire des miracles.

(8) Bella : on a vu plus haut que les Bella étaient autrefois les captifs des Touaregs.

(9) Le commandant de cercle : le Mali est aujourd'hui subdivisé en régions elles-mêmes subdivisées en cercles. Le mot de cercle et le titre de commandant n'ont pas été changés depuis l'époque coloniale.

(10) je dis po : il s'agit ici, comme dans d'autres expressions du texte de même nature, de la traduction littérale de l'ensemble formé par le verbe dire suivi d'une onomatopée, exprimant par exemple ici le bruit de la décharge de l'arme (po !), ou un peu plus loin le bruit de l'arme qui s'enraye (kak !).

(11) Le Fonds Archinard : ou Bibliothèque d'Ahmadou est une collection de manuscrits conservée actuellement au Fonds Arabe des Manuscrits Orientaux de la Bibliothèque Nationale à Paris. Cet ensemble provient de la bibliothèque d'Ahmadu Sheku, ou Ahmad al Kabîr al-Madanî, fils d'al-hajj 'Umar, "chef de l'Etat musulman basé à Ségou dans la deuxième moitié du XIXe siècle et créé par son père al-hajj 'Umar". Cette collection, confisquée par Archinard au moment de la prise de Ségou en 1890, a été confiée à la fin de 1892 à la Bibliothèque Nationale de Paris. Un catalogue en a été publié en 1985 : sous le titre Inventaire de la bibliothèque umarienne de Ségou par Noureddine GHALI, Sidi Mohamed MAHIBOU, avec la participation de Louis BRENNER, Editions du CNRS Paris 1985. Les indications ci dessus sont tirées de l'introduction de cet ouvrage page XVIII. On peut ajouter qu'il s'agit aujourd'hui certainement d'un des plus importants ensembles de manuscrits sur la région, et d'une source historique encore très partiellement exploitée. Le Fonds Gironcourt, ensemble de documents ramenés au début du XXe siècle par la mission Gironcourt déjà citée, se trouve à l'Institut de France à Paris. On y trouve des textes précieux, comme le Tarikh Fittuga et le Tarikh de Tombouctou de San Sirfi.

(12) Le point de vue pessimiste d'Almamy Yattara sur la perte des manuscrits de la boucle du Niger est peut-être à relativiser. S'il est vrai que les manuscrits de Hamdallaye et en particulier les archives de la Dîna semblent irrémédiablement perdus, il existe encore d'autres ressources documentaires. John HUNWICK évalue aujourd'hui à 100 000 les manuscrits en arabe présents dans la seule région de Tombouctou, ce qui serait donc comparable avec ce que l'on peut trouver en Mauritanie. On peut rappeler qu'Almamy Yattara participa à un important projet de photographie des manuscrits de la boucle du Niger : le Malian Arabic Manuscript Microfilming Project fut établi dans le cadre du National endowment for the Humanities, USA, 1978-89. Il s'agissait grâce à cette aide financière d'identifier, de microfilmer et de manière générale de contribuer à la conservation des manuscrits arabes relatifs au Mali. Le projet fut pris en charge par l'Université de Yale, et mis en oeuvre en coopération avec le Centre Ahmed Baba de Tombouctou, au Mali. (voir les témoignages de David Robinson et de Louis Brenner). Depuis cette époque le Centre Ahmed Baba de Tombouctou a collecté ou photographié de nombreux manuscrits. Parallèlement, de nouvelles actions sont actuellement tentées par de nouveaux acteurs. Ainsi l'ISITA (Institut pour l'Etude des Pensées Islamiques en Afrique), animé par l'équipe de John Hunwick de la Northwestern University, veut-il développer la connaissance et favoriser la sauvegarde de la littérature manuscrite ancienne de l'Afrique noire. Au Mali, cette action est relayée par l'AMRAD (Association Malienne de Recherche Action pour le Développement) qui regroupe, à côté de l'équipe de Northwestern University, des chercheurs de pays de la sous-région, de Norvège et d'Union sud-africaine. En liaison avec ces actions, citons le Timbuctoo Libraries Project dirigé par Alida Boye de Oslo). Un inventaire de la bibliothèque privée Haïdara de Tombouctou a ainsi été déjà publié. On peut signaler la parution récente de HUNWICK John O., Arabic Literature of Africa, volume 4, The Writings of Western Sudanic Africa, Leiden Brill 2003, 815 pages. La série Arabic Literature of Africa, placée sous la direction de John Hunwick et de Sean O'Fahey, a pour ambition de dresser un inventaire raisonné de tous les manuscrits arabes d'Afrique noire publiés ou présents dans des bibliothèques publiques.

(13)Boundoukôli : village du cercle de Douentza. Boundou vient du mot peul Êunndu qui signifie puits, Kôli est le nom d'une plante (mytragina inermis).

(14) La cuisine de Tombouctou est justement réputée. Signalons l'ouvrage en préparation de Niaber Touré sur la cuisine de Tombouctou.

(15) Kitangal, l'année terrible : Il est intéressant de confronter le témoignage d'Almamy Yattara sur kitangal (littéralement "la grande année") avec ceux d'autres personnes de pays voisin. Voir par exemple, in Hubert GILLET, Le peuplement végétal du massif de l'Ennedi (Tchad), Museum d'histoire natuelle, Mémoires du Museum national d'histoire naturelle, Paris1969, 266 p, le récit suivant : "J'ai recueilli auprès du vieux KALEMBOU, interprète auprès des autorités miltaires, quelques renseignements confirmés par tous les anciens. Le premier est qu'il pleut chaque année ; il pleut peu ou beaucoup, mais il pleut (au moins 60 mm semble t-il), sauf -et c'est là un événement que les goranes ne sont pas prêts d'oublier- en 1913. Le printemps 1914 fut catastrophique, la famine s'était installée, les bêtes crevaient par milliers. La deuxième est qu'une année déficitaire est toujours suivie d'une année excédentaire, quelquefois de deux. Il n'y a pas eu jusqu'ici d'exception à cette règle. L'année est d'autant plus excédentaire que l'année précédente a été déficitaire. La plus forte pluviosité fut celle de l'année 1914 au cours de laquelle la pluie tomba sans arrêt pendant toute une nuit, depuis le coucher du soleil jusqu'au lendemain matin. Il a plu ensuite tous les jours pendant 7 jours consécutifs". (page 13). Hubert Gillet précise par ailleurs que la sécheresse de 1913-1914 dura en fait vingt mois.

(16) Le phénomène d'enlisement et d'embourbement d'éléphants a été signalé à maintes reprises. (communication de Monsieur Hubert Gillet, juillet 2002).

(17) le koba : antilope-cheval ou hippotrague.

(18) Ce travail a donné lieu depuis à une publication : Christiane SEYDOU (avec, entre autres collaborateurs, Almâmi Yattara), Dictionnaire pluridialectal des racines verbales du peul (peul-français-anglais), Paris, Karthala 1989.


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